_______ DISCOURS CATHECHETIQUE ______



+ B A R T H O L O M E E

par la grâce de Dieu Archevêque de Constantinople, Nouvelle Rome, et Patriarche Œcuménique à tout le plérôme de l’Eglise que la grâce et la paix du Christ notre Sauveur, ainsi que notre prière, bénédiction et absolution soient avec vous

  

«Le temps est venu, c’est le commencement des combats spirituels» (Doxasticon des laudes du Dimanche des Laitages).

 

Frères et sœurs, fils et filles bien-aimés dans le Seigneur,

C’est par ces paroles que le saint hymnographe nous rappelle que nous devons, au début de cette période du Saint et Grand Carême, donner une intensité nouvelle à nos combats spirituels, en vue d’un meilleur accomplissement et de notre progrès.

Dès les temps les plus anciens, les hommes avaient constaté que c’est en prenant de la peine que l’on acquiert ce qui est bon. Nos Saints Pères ont à leur tour constaté d’une manière analogue que pour jouir de l’amour divin, dans lequel tout bien éternel et temporaire se trouve contenu, il est nécessaire de mépriser son propre repos, comme Abba Isaac le Syrien le déclare expressément. Or, pour ce qui est des biens matériels, nous sommes, nous les humains, habituellement prompts à les acquérir au prix de toutes sortes d’efforts pénibles.

Les biens spirituels sont, en revanche, un don de la Grâce de Dieu, mais à une condition préalable toutefois : celle de Le rechercher en tout premier lieu ainsi que Son Amour, et non pas de rechercher d’une manière égocentrique ce qui nous est propre, en vue de faire grandir notre satisfaction personnelle ou notre ambition. Le Seigneur nous a dit clairement : « Recherchez en premier lieu le Royaume de Dieu et Sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (Matthieu 6,33). Il nous a aussi assurés que celui qui donne sa propre vie par amour de Dieu l’aura sauvée, ce qui revient à dire d’une manière plus générale que quiconque a en vue l’amour de Dieu, son Père, dans la grandeur de son âme, au lieu de rechercher sans Lui les biens matériels ou même spirituels dans l’étroitesse de son âme, jouit en fin de compte tant de l’amour de Dieu, objet de son désir, que des biens de toute nature qu’il ne recherche point.

 C’est que, fils et filles bien-aimés dans le Seigneur, notre Père qui est aux cieux, qui nous aime et désire notre félicité, Lui le dispensateur et la source de tout bien, nous donnera, quand nous retournerons auprès de Lui, tous les autres biens qui nous sont nécessaires, de même qu’Il les a donnés à Son fils prodigue, quand celui-ci est revenu auprès de Lui : le premier vêtement, le veau gras, l’anneau à notre main, le banquet festif, et Il nous ouvrira avant tout ses bras paternels ! Pour nous retrouver dans ses bras paternels, il faudra toutefois nous détourner de nos péchés, et principalement de la passion que nous avons de nous-même ; les caroubes dont les  porcs se nourrissaient en sont le symbole. C’est en nous livrant à un combat spirituel volontaire et zélé que nous ferons la preuve de la sincérité de notre désir de l’amour de Dieu.

La nature véritable du combat spirituel consiste à se redonner pour objectif l’amour de Dieu, à en faire l’objet de toute recherche et de tout désir. Ce qui y correspond est la privation et l’abandon des autres biens  et désirs légitimes, afin que notre existence soit consacrée, de toute notre âme et de tout notre esprit, à notre objectif premier. C’est précisément la raison pour laquelle le jeûne, l’un des principaux combats de l’ascèse du Grand Carême, n’exprime pas le rejet des nourritures bénies, mais la privation volontaire de l’apaisement qu’elles procurent au corps. Le but principal est de détacher notre âme de l’intérêt exclusif pour notre ego. Le jeûne vise par ailleurs à rendre le corps propice et obéissant à l’esprit qui le gouverne, à en faire l’instrument et non le chef de la personne humaine.

Le but de l’ascèse spirituelle n’est pas d’acquérir les vertus qui dépassent les forces humaines ou d’autres capacités au-delà de l’habitude, comme le croient les adeptes des différents humanismes, mais son but est l’expression de ce désir que nous avons de rencontrer la personne de notre Seigneur Jésus-Christ, en qui tout est contenu et de qui tout découle. Le Verbe de Dieu proclame en toute clarté que, sans Lui, nous ne pouvons rien faire. Le Saint Hymnographe nous rappelle encore que, si le Seigneur n’édifie point  la maison des vertus de notre âme, c’est en vain que nous prenons de la peine.

Attachons-nous donc, nous les Chrétiens, à l’amour du Christ. Renonçons de notre plein gré à bien d’autres amours et attachements secondaires afin d’être dignes de Sa présence en la demeure de notre âme. Quand nous serons parvenus à un tel résultat avec la bienveillance et la Grâce de Dieu, alors la paix, la joie et l’amour parfait auront pris place à demeure dans notre existence.

C’est encore la raison pour laquelle l’ascèse spirituelle ne se fait ni sous une apparence d’abattement, ni d’une manière démonstrative. L’ascèse spirituelle se pratique autant que possible dans la joie et le secret. S’il y a ostentation, nous renonçons à cet objectif qu’est l’amour de Dieu ; la place en est occupée par le désir de plaire aux hommes. S’il y a, encore, abattement et tristesse, le caractère agréable et volontaire en est absent. Celui qui se livre à l’ascèse spirituelle vit alors dans un climat d’oppression et d’obligation, ce qui veut dire dans des états d’âme qui ne sont guère agréables à Dieu.

L’ascèse spirituelle doit être pratiquée dans la joie ; son objectif premier doit être d’introduire notre cœur dans l’amour et la joie de Dieu. Cet amour et cette joie expulsent de l’intérieur de notre être toute amertume et toute rancœur, toute protestation et tout grief, à l’encontre de nos frères humains ; la paix que rien ne trouble et qui est au-dessus de tout, la paix de Dieu entre alors en nous et rayonne autour de nous.

Puissions-nous traverser le stade du Grand Carême en combats spirituels, afin de connaître pleinement la joie de la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ. Que Sa Grâce et Sa grande miséricorde soient à profusion avec nous tous.

Saint et Grand Carême 2007

+ Bartholomée de Constantinople, fervent intercesseur auprès de Dieu de vous tous. 


 

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